Du fragment au montage : un voyage urbain

J’ai seulement fait ici un amas de fleurs étrangères, n’y ayant fourni du mien que le filet à les lier.

Montaigne

Contrepoint 

Les énoncés globalisants tels qu’en proposent la communication, et plus précisément le marketing – dont l’énoncé globalisant phare est de considérer que tout peut être une « marque » –  ont imposé à tous et à tous les domaines les règles du format court et l’illusion de l’appréhension, faisant prendre non seulement les vessies pour des lanternes mais la formule lumineuse pour le réel.

Nous affirmons, en contrepoint fragile, notre goût  pour le fragmentaire et le patient travail qui consiste en un montage partiel de parcelles.

Des tentatives incessantes de rendre compte de l’illisibilité irréductible du réel et de l’intérêt de conserver de lucide et « réelles distances » entre le monde et nos constructions, nos représentations, aux fins d’en assurer la diversité durable.

Nous confirmons être du côté de la concentration pour dire et rendre supportable un peu de l’éparpillement et du chaos fondamental plutôt que de celui de la brutale adhésion à des emboitements qui seraient, de toute éternité parfaitement huilés. Un goût certain pour le jeu. Celui qu’il faut construire, tactilement, pour réussir l’assemblage de pièces, que celles ci soient mentales ou matérielles.
Ce goût des fragments et montages parcellaires ne signifie pas renonciation aux grandes formes, mais distance critique par rapport aux cadres et aux normes inébranlables.

Je doute donc je regarde, m’attarde, ai conscience de ne pas tout voir, tout dire, tout englober et tout affirmer.

Raconter les nœuds, le rugueux, les aspérités, ce qui résiste aux évidences plutôt que débiter une trame unique, construite sur une manière de catégoriser qui, une bonne fois pour toutes, aurait compris les phénomènes urbains.

L’urbanisme des formes élémentaires et fixes vs l’urbanisme des formes composites et mobiles

L’expérience nous montre qu’il est intellectuellement extrêmement complexe de réussir superposer des systèmes de représentation différents des espaces conçus, construits et habités.

Cela recouvre des champs disciplinaires, de formation comme d’exercice professionnel (soit des champs d’action). Et pourtant, quelle richesse de créativité projectuelle collective est sans doute à la clé de cet exercice !
Tentons d’expliquer un peu plus cela.

De la planification au Do It Yourself (DIY)

Évolution ou cohabitations de mondes étanches ?
Ce que fait le web à la ville serait-il moins à chercher dans les rues – quoique soit de plus en plus perceptible la transformation de vitrines en garages à deux-roues de livreurs de repas –  que dans les têtes ? ….

Organisations publiques au pays de la dérégulation : La profusion des outils numériques d’auto-production -entreprenariat, -promotion, formation questionnent le gouvernement public de la Cité.

Nouvelles frontières, nouvelles divisions

Comment inciter à un travail de définition des besoins liés à une situation précise (ce qui veut dire, entre autres, de ne pas préjuger ce qu’elle a de singulier et de commun à d’autres situations mais que ceci soit le résultat d’une recherche patiente, méticuleuse d’observations pour comprendre ce qui est là) et non pas un copier-coller de cahier des charges.

Déplacer les lignes de fracture, qui sont parfois montagnes, entre conception et gestion pourraient bien être dès aujourd’hui une jolie occupation pour le monde d’après.

Vers une ingénierie démocratique

Une ingénierie qui va (et vient, car c’est une itération et non une frontière, un séquençage fermé) de l’expression des problèmes à celle des besoins, compris comme les propositions de solutions aux problèmes énoncés. L’un des écueils est celui du malade qui fait sa propre ordonnance. Pour l’éviter, la description  et la formulation des problèmes sont des taches collectives et dialectiques ; soit impossibles à imaginer sans un travail à plusieurs regards et paroles.

Un faux consensus dans l’analyse de la situation peut venir du reccours exclusif -et à leur addition (empilement) – à des compétences micro-spécialisées.

Alors que l’on travaille fort peu sur les différentes conditions possibles d’émergence du projet que sont : la connaissance ; les débats et les confrontations (sur les savoirs et sur autre chose) ; l’action.

Il faut apprendre à capitaliser sur ces trois domaines.

Territoire à chaleur ajoutée

Contrairement à ce qui est souvent affirmé, la difficulté ne me semble pas de passer de l’idée au projet, mais plutôt un défaut de déploiement de ressources pour mettre en face des projets les moyens (c’est à dire les compétences) qui les sous-tendent. La difficulté récurrente est celle d’assembler, de composer (avec le composite des actions, des acteurs et des organisations) de nouvelles relations par l’action.

Endogène / Indigène.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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